Tales of the Sea

Live in the water, love by the moon

Est-ce que vivre à Bali aide à se réaliser spirituellement ?

Vivre sur « l’île des Dieux » quand on est sur la voie de l’éveil spirituel et que l’on recherche un lieu en adéquation avec de plus hautes aspirations, semble être la formule idyllique. Du soleil, un peuple très attaché aux dieux et aux rituels, des cérémonies qui font quasiment parties du quotidien, une terre chargée énergétiquement… Mais aussi un écrin magique : des rizières, l’océan, des volcans.. Bref, la nature dans tous ses états ! Que demander de plus ? C’est donc tout naturellement que je reçois chaque semaine des questions à ce sujet : est-ce que vivre à Bali aise à se réaliser spirituellement ? Qu’est ce que cette terre promise a de plus que les autres, tant est si bien qu’elle attire des millions de visiteurs chaque année ? Aujourd’hui, je vais tenter de répondre au mieux à cette question que, il est vrai, je me suis moi-même posée pendant longtemps…

Quand je pense à Bali, l’endroit où je vis depuis maintenant deux ans et demi, et l’impact que cette île a eu sur mon cheminement spirituel, une chose me vient instantanément à l’esprit : le karma. Mais laissez-moi d’abord faire un petit ajustement à ce sujet : le karma n’est pas une punition ni quelque chose que l’on doit « payer » pour des erreurs commises dans le passé ou des vies antérieures. Non, le karma c’est tout simplement l’équilibre. C’est ce que je donne à l’Univers que l’Univers me renvoie, afin que je puisse en tirer un enseignement : les leçons dont j’ai besoin dans cette incarnation pour évoluer en tant qu’âme – car évoluer et devenir une meilleure version d’elle-même est ce que l’âme veut par dessus tout. Or, sur une terre aussi « chargée » que Bali, le karma brûle plus vite. Beaucoup plus vite – en gros, cela veut dire que ce que j’ai besoin d’apprendre sur moi-même et qui va se matérialiser à travers ma relation aux autres, à l’environnement dans lequel j’évolue, aux situations dans lesquelles je vais me retrouver, au matériel…. va apparaître plus vite dans ma réalité, afin de me donner enfin la meilleure des opportunités pour transcender les schémas qui me conditionnent. C’est une des premières choses que j’ai constatées à Bali et c’est aussi la raison pour laquelle on aime ou on déteste cette terre. Certains vont apprécier constater qu’ils avancent plus vite. Certains vont redouter l’enchainement de situations rocambolesques dans lesquelles ils vont se retrouver. D’autres demeurer perplexes face à l’inconfort global qu’ils vont ressentir alors que rien de particulier ne leur est arrivé… Les réactions appartiennent bien évidemment à chacun, et déterminent généralement si l’on choisit ou non de rester. Bien sûr, dans le cas où l’on reste, l’Univers ne manquera pas d’envoyer une piqûre de rappel : « es-tu vraiment sûr ? » =)

Bali est aussi une terre de passage, où les âmes et les esprits se promènent, habitent des lieux, se manifestent… Il arrive donc souvent que l’on se retrouve à côtoyer et ressentir fortement ces énergies qui nous sont pourtant étrangères, et qui remettent en question notre perception de la réalité… Moi-même qui suis très ouverte à ce genre de manifestations j’ai vu des choses, assisté à des phénomènes, senti des présences qui dépassaient clairement mon entendement…
Bref, les énergies de Bali sont très puissantes et il est clair que lorsqu’on vient ici, on « bosse » et ce n’est pas toujours évident, car cela signifie se retrouver régulièrement nez à nez avec tout ce que l’on essayait de ne pas voir en soi. Si vous n’êtes pas aligné avec ce que vos aspirations profondes, vous vous le prendrez en pleine face. Tout est décuplé, tout est plus « dramatique » – même une piqûre de moustique est dramatique à Bali, c’est dire…
Ce n’est bien sûr pas le cas de tout le monde et certainement pas de la multitude de touristes qui viennent poursuivre leur « sommeil » (n’y voyez là aucun jugement), Bali va les laisser tranquilles parce que ce n’est pas ce pour quoi ils sont venus. Mais si on vient avec l’intention (consciente ou non) de se réaliser spirituellement, un grand nettoyage va se mettre en place de façon inévitable, ce qui peut causer parfois bien des surprises, voire des accidents si vous vous refusez à voir ce pour quoi vous êtes réellement venus et ignorez les signes que la terre vous envoie continuellement.

L’une des énergie avec lesquelles on va inévitablement travailler à Bali est le féminin, et cela en dépit de notre genre – mais cela va sans dire qu’en tant que femme, c’est une expérience encore plus intense. Bali est un île, avec un climat tropical, une nature luxuriante et capricieuses qui traverse souvent des catastrophes naturelles. Elles font même parties de la vie quotidienne – après l’éruption du volcan en novembre 2017, j’ai posé la question à un habitant d’Ahmed : « que faisais-tu pendant que le volcan grondait ? » A quoi il m’a répondu : « just sleeping… ». Bien sûr, on est pas tous aussi détendus face à la Nature qui reprend ses droits…
Quand on vit près d’un volcan et que la terre tremble régulièrement (causant parfois des séismes dramatiques comme ce fut le cas l’été dernier), cela « secoue » dans tous les sens du terme. Je serais tentée de dire que, face à de tels évènements, on n’a plus que le choix que de se « rendre », calmer son ego et admettre que nous sommes tous petits dans cet immense Univers, nous pouvons disparaître d’une minute à l’autre – et je peux vous certifier qu’il n’y a rien de plus terrifiant que de voir et de sentir la terre trembler, « impuissant » est un mot bien faible… Mais si je m’en tenais à cette explication, ce serait un peu léger. Énergétiquement, un volcan est bien plus que cela. C’est la puissance féminine primitive, la rencontre des forces opposées, la fertilité, la colère, l’émotivité exacerbée… Traditionnellement, le volcan est même apparenté aux dieux, aux forces telluriques et au feu intérieur. C’est la rencontre entre deux éléments que tout contrarie ou presque : celui du feu et de la terre. Et cela serait légèrement prétentieux de croire que notre propre pression intérieure soit épargnée par une telle force de la nature. Ce qui remonte à la surface est incomparable avec tout ce dont on a fait l’expérience autrefois.

J’ai personnellement toujours été de nature impétueuse, mais vivre ici m’a montré à quel point je pouvais être une femme éruptive. Faire l’expérience de sa propre colère, cette énergie archaïque destructrice tout à fait comparable à celle du magma, est profondément déstabilisant mais constitue aussi un immense enrichissement spirituel. Il est rare de pouvoir découvrir son feu intérieur, qui n’est pas un feu maîtrisé mais un feu imprévisible. Pourquoi est-ce une chance ? Parce qu’une fois que le volcan est finalement endormi, la lave qui détruisait autrefois tout sur son passage dispense alors une fertilité fantastique. Admirer le volcan sans en être effrayé, c’est admirer l’origine de la création, le féminin sacré, fait de puissance, de beauté. Et je reste convaincue que Bali est un endroit particulièrement propice à cela…

La seconde énergie à laquelle on va inévitablement se confronter à Bali est celle de la dualité. Certes, c’est un concept que l’on retrouve partout puisqu’il est la base même de la création, tout fonctionne d’après les opposés : le jour / la nuit ; le féminin / le masculin ; la Lune / le Soleil… Mais ce sont des choses qu’on oublie totalement dans les sociétés occidentales où l’on ne s’interroge plus sur ce qui a du relief, ce qui est double, ce qui est fait d’ombre et de lumière… On veut être plat, linéaire, parfait, lisse, beau, performant, irréprochable, meilleur que son voisin. C’est aussi ce que l’on recherche chez l’autre : un idéal absolu, un alter-ego sans aspérité qui n’a rien à nous apprendre, une moitié parfaite…. On pense que le bien est bien, et que le mal est mal. On croit que l’éveil spirituel est synonyme de béatitude et de bonheur. On pense qu’il y a des émotions négatives et positives, et que les émotions négatives ne devraient pas être exprimées parce qu’elles sont laides – comme les enfants, que l’on punit lorsqu’ils sont en colère alors que leur esprit ne leur permet même pas encore encore de relativiser… Bref, on embrasse un seul aspect de l’existence, et on bafoue l’autre alors qu’il est tout aussi important.
A Bali, la population locale s’adonne quotidiennement à des rituels, au cours desquels ils prient les dieux et les démons (les offrandes disposées sur les autels en hauteur sont destinés aux dieux, alors que celles disposées au sol de part et d’autres des maisons / rues / boutiques / temples ont pour but de calmer le « diable »). C’est donc prendre en considération, accepter, qu’une énergie et son contraire puissent exister. Ainsi, elles peuvent cohabiter en paix, ce qui est tout à fait représentatif de l’éveil des consciences. C’est aussi le mythe que l’on retrouve dans la fleur de Lotus qui germe depuis la boue et les eaux troubles, pour finalement s’épanouir à la surface où ses pétales magnifiques vont épouser le soleil et la lumière… C’est aussi une terre où la mort est omniprésente. La réalité tropicale a cela d’intense qu’elle peut décider à tout moment d’arracher la vie de façon très brutale à celui don l’heure est venue – évidemment, je ne dis pas que cela ne se produit pas ailleurs, c’est même partout sur terre, mais je n’ai tout de même jamais autant côtoyé la mort et ses énergies que depuis que je suis ici. Parce que la dualité est célébrée, mourir fait totalement parti du cycle de l’existence. Ce n’est pas banalisé, c’est normalisé…

Bali elle-même, d’ailleurs, est double. D’un côté les temples, la vie traditionnelle et ses voyageurs inspirés en quête de vérité intérieure – dont la plupart se rendent à Ubud, où la spiritualité et le Yoga sont devenus des business à part entière, ce qui met encore en lumière des paradoxes surprenants. Et de l’autre, un tourisme superficiel, inconscient, où les gens ne vont dans les lieux sacrés que pour les Instagramer. Mais aussi une vie d’expatriés « occidentalisée » qui oublie qu’elle est en train de détruire la nature qu’elle prend en photo. Même du côté des locaux, on prie les Dieux à longueur de journée, on célèbre chaque pleine Lune et chaque nouvelle Lune, on décrète que le Mont Agung (volcan emblématique de l’île) est l’esprit le plus puissant de Bali, et de l’autre côté on jette des quantités pharamineuses de plastique dans les rivières et les océans. On vous fait des sourires merveilleux, et on vous arnaque dès que l’occasion se présente. On vous accueille à bras ouverts, mais on ne manquera pas de vous rappeler que vous êtes un étranger et que vous le resterez – encore une fois, n’y voyez là aucun jugement, j’expose simplement la dualité. J’aime le lieu dans lequel je vis et je respecte sa population, autrement je n’y serais pas… Ce sont aussi des personnes qui se sacrifient pour le bien de la communauté et pour célébrer ces Dieux qu’ils aiment tant, mettant à l’honneur leur religion si riche et colorée (l’hindouisme). Les observer et parler avec eux est une leçon d’humilité, de foi… Et ils ne sont pas les seuls à me l’avoir dispensée : voir les imams de Lombok continuer de diriger la prière alors même que leurs mosquées est en train de s’effondrer, parce que mourir dans l’amour de Dieu est la délivrance absolue, m’a fait l’effet d’un électrochoc (la vidéo est disponible ici, il n’y a pas d’images choquantes. Avancez à 4 minutes 50 directement). La foi, ici, est à son apogée. Et que l’on se réclame ou non d’une religion, c’est un engagement moral qui fait clairement réfléchir…

Bien sûr, l’ensemble de ces choses joue de façon considérable sur le cheminement de tous et d’une façon qui est unique à chacun d’entre nous… Néanmoins, le karma reste le karma. On pourra traverser la terre entière, quel que soit ce sur quoi on travaille : l’amour de soi, le pardon, le lâcher prise… Peu importe, rien ne pourra jamais y changer, pas même la terre sur laquelle on vit. Et c’est en cela que vivre à Bali ne va pas nécessairement nous rendre plus spirituel, nous délivrer de tous nos maux ou détruire tous nos blocages, bien au contraire. C’est « juste » une terre dont les énergies très puissantes nous permettent de transformer de façon plus vite et plus intense, mais aussi d’une manière qu’on aurait jamais pu expérimenter dans une ville, en France ou ailleurs, si tant est que nous ayons suffisamment de courage pour entendre les vérités que nous nous refusons de voir à notre sujet. Cela ne veut pas dire que c’est mieux, cela ne veut pas dire que ce qui suivra sera meilleur que si l’on avait été ailleurs, ce n’est pas forcément ce que tout le monde aimerait non plus… Mais quoi qu’il en soit, c’est incroyablement enrichissant.

2 Commentaires

  1. Sibylle Roze
    20 octobre 2018

    Hello Laura !

    Ton article résonne beaucoup en moi… Pourtant je ne suis jamais allée à Bali et je n’ai jamais pensé à y aller mais tu abordes des sujets beaucoup plus profonds et universels que “simplement” l’observation de l’impact de Bali sur toi.

    Ces forces opposées et complémentaires de la vie et la mort, le fait de chercher l’équilibre et la paix entre les dieux et les démons… Etre remis à sa place face à la force du volcan…

    En commençant ton article, je me suis justement fait la réflexion “Est-ce que j’aimerai vivre sur une terre aussi belle mais qui peut m’emporter aussi rapidement et sans crier gare ?” (je pensais plutôt aux catastrophes naturelles puisque nous pouvons tous mourir n’importe où) et puis en continuant la lecture, tu abordes le sujet et ça m’a fait réfléchir. J’imagine que c’est un sacré travail d’humilité de s’y habituer lorsqu’on vient d’un pays où la nature me semble un peu moins “apprivoisée”. (Arrête moi si je me trompe comme je n’y ai jamais mis les pieds, je peux dire des conneries haha)

    Bref, je n’ai pas de conclusion à mon commentaire. Ton article me donne du food for thought et c’est l’essentiel.

    Belle journée toi <3

    • Laura
      31 octobre 2018

      Bonjour Sybille,

      Merci pour ton message. Tu as raison, ce sont des sujets universels et je suis persuadée qu’il est possible d’en faire l’expérience ailleurs dans le monde.

      C’est marrant car il y a peu je me posais aussi cette question de vivre sur une terre qui peut m’emporter aussi rapidement mais je crois que je préfère encore être ici que dans une ville où l’on peut me tirer dessus à la terrasse d’un café… Mais comme tu l’as dit, il s’agit de catastrophes naturelles et c’est différent.

      A très bientôt 🙂 Belle journée aussi !

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Une image bien sympa est normalement à cette place. Nous sommes sur le coup. « Island moon child », j'ai quitté ma vie parisienne pour m'installer à Bali où je mène de front plusieurs projets mais surtout où j'apprends, entre plusieurs péripéties tropicales, à me connecter aux éléments et à moi-même.

Ici, je partage avec vous ma vision de l'Univers, mes passions pour le surf, le Yoga, et le energetic healing – que je pratique sur l'ile des Dieux, ainsi que mon cheminement spirituel.

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Chaque mois, je vous concocte personnellement une box surprise depuis Bali et l’envoie chez vous ! Tout est local et fait-main.

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